BLAH

C’est difficile de savoir où commencer. Parce que je me dis que si je commence, je ne m’arrêterai sans doute pas. Une diarrhée verbale, une diatribe avec des poignards dedans, et tellement de sacres que je m’en ccchhhutterais moi-même. Je vais hurler de toutes les images en direct, de mon étudiant complètement choqué au retour de manif, de tous les autres comme lui qui se sont faits charger sans raison. Je vais insulter la moitié de la province, menacer de m’exiler, affirmer que je ne veux plus, mais plus jamais aider le moindrement ni ce système politique ni ceux et celles qui le supportent; je vais être réduite à des borborygmes de haine, ou encore à récriminer dorénavant chaque fois que je vais devoir payer mes impôts, parce que je sais que ça ne va servir qu’à payer les vieux jours des égoïstes — oui oui, ceux-là qui «ne veulent pas payer pour ça», justement, les sourds et aveugles (mais malheureusement pas muets) qui nous assènent à coups de médias leur bien-pensance de hamsters gavés —,

— —

vous voyez déjà ça ne s’arrête plus c’est un fleuve de monstruosités… pourtant bien auto-censurées, je vous assure.

Et ce dont je vous assure encore plus, c’est que mon hurlement, il est bien pire.

Ça ne s’arrête pas, que je disais, cependant je suis à court je cours après, comme s’il m’en manquait désormais pour dénoncer la brutalité et la brutitude tout court. Il n’y a même pas de mots pour concevoir ce qui est en train d’arriver ici. Je vis dans un monde de brutes au pouvoir, qui agissent impunément. Quand Amnistie internationale se préoccupe de notre sort, il me semble que c’est signe que ça va vraiment mal!

D’autres, pourtant, trouvent encore des mots. Voir notamment, parus récemment, le billet de Joël Martel, celui de Patrick Lagacé (dont, pour une fois, je partage les idées), celui d’Anne Marie Miller, celui de Romain Wilhelmy-Dumont. À vous tous qui parlez encore avec de vrais mots et qui ne les mâchez pas, du fond de mon cri, je vous dis MERCI.

Qu’on leur fasse écho, pour que ça s’entende encore très longtemps!

Eve Paquette, prof carrée

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3 commentaires

Classé dans Actualités sous cape

3 réponses à “BLAH

  1. « Je suis colère ! »

    Un gouvernement qui n’en a que foutre de ses concitoyens.
    Des journalistes complaisants à qui il suffit, pour détourner leur attention, lorsqu’on est au pouvoir, de jeter (après 9 semaines) une ba-balle après laquelle ils s’empressent de courir en remuant la queue.

    «Je suis violence parce que je suis trahison!»

    La trahison de ces journalistes qui auraient pu, en faisant un maigre travail de recherche, faire leur devoir d’information CRITIQUE.
    La médiocrité de ces journalistes dont une JUSTE synthèse des faits aurait été la plus grande et efficace des pressions : le gouvernement n’aurait pas eu d’autre choix que d’écouter et de discuter il y a de cela bien des semaines …

    « Je suis colère ! » Et je le crie de toutes mes tripes, messieurs ces journalistes-là, en ne faisant pas vos devoirs envers la démocratie, vous avez votre JUSTE PART de responsabilité … le sang sur vos mains n’est pas loin! « Je suis violence parce que je suis trahison! »

  2. René Lapierre

    C’est très juste. Ce billet dit précisément ce dont tous et toutes nous sommes en train de devenir malades.
    Pourtant les mots existent, les images de ce qui arrive dans les rues sont partout, la pensée critique des demandes étudiantes et de la crise sociale que nous traversons existent elles aussi, tout comme la souffrance, et les inquiétudes graves, et même les solutions qu’avec les étudiants et les parents nous sommes innombrables à avoir proposées.
    Mais ce que relaient les grands médias, qui à l’exception de voix isolées, toujours étonnantes dans le contexte que l’on sait, n’ont de grand que leur public, entretien et aggrave le silence. C’est un déni de société qui est en train de se produire, déni de droit et déni de démocratie déguisés en renforcement du droit et en protection de l’ordre. On sait comment, on sait à quel prix et à quelles conditions : que chacun se la ferme, atténue, modalise, biaise, mente, oublie, remette à plus tard, fasse silence.
    Il y a toutes sortes de façons d’arriver à ça, et parler pour ne rien dire, alors qu’en tant que journaliste ou politicien on détient une responsabilité publique, est encore pire que de ne dire rien. Quand le silence se répand ce n’est pas qu’il n’y a pas de paroles, c’est que la parole n’est plus entendue. La crise commence à ce moment.

  3. Ruth Major

    Hier dans un moment de furie – passé ma colère – j’ai écrit à Line Beauchamp, Jean Charest et Robert Dutil pour leur dire que le sang leur tachait déjà les mains et qu’ils devraient répondre individuellement d’accusations d’assassinat. Et puis je me suis dit qu’il faudrait que je fasse la même chose pour chacun des médias et chacun des journalistes qui induisent sciemment (ou lâchement, en évitant de faire leur devoir d’enquête) la population en erreur. J’ai jeté le courriel.