Quelle belle leçon!

La société québécoise vit des heures intenses. Entre les arrestations hyper-médiatisées de l’UPAC (il y a donc bien quelque chose de pourri au Royaume du Danemark… quelle surprise!) et les dérapages autour de la grève (je répète: «grève», pas levée de cours; avant de suivre aveuglément les discours de Mme Beauchamp, il serait bon de consulter un dictionnaire, et on s’aperçoit que le mot a plusieurs sens, dont l’un s’applique parfaitement à la situation), on marche vraiment sur la tête. Peut-être l’absence du Canadien en séries fait en sorte que ce printemps la Belle Province ne peut pas compter sur une soupape de sécurité, mais on assiste de plus en plus à des scènes surréalistes. Parfois même presque jouissives, si la situation n’était pas si tendue!

La dernière en date de ces tranches de vie a eu lieu le 17 avril à l’émission de l’ineffable Denis Lévesque, dont le niveau des émissions (ne reçoit-il pas régulièrement le non moins ineffable Richard Martineau?) atteint des profondeurs abyssales, ou des sommets, c’est selon. M. Lévesque donc, recevait Gabriel Nadeau-Dubois et un certain Christian Dufour. Ce monsieur Dufour, politologue, professeur à l’ENAP et chroniqueur au Journal de Montréal (magnifique œuvre journalistique que je parcours régulièrement d’un derrière distrait) avait décidé d’apprendre à Gabriel Nadeau-Dubois «à prendre ses responsabilités». Beau programme!

Avec l’assentiment de Lévesque, aussi neutre et objectif qu’un juge libéral, M. Dufour s’est donc lancé à l’assaut, et quel assaut. Ton agressif, attaques directes et personnelles, sarcasmes de mauvais aloi, accusations graves (la plus marquante fut d’accuser le leader étudiant de tenir un «discours de batteur de femmes» — si le ridicule tuait, nous irions demain aux funérailles d’un collègue de l’ENAP), du grand TVA! Après les radios poubelle, la télé poubelle!

Mais en fait de  leçon, ce fut l’étudiant, un jeune de 21 ans (il me semble), soumis à une pression inimaginable depuis des mois, qui l’a servie, et en beauté: ton mesuré, arguments raisonnables, calme et courtoisie face aux aboiements adverses, il s’est même permis d’être un peu «baveux» en expliquant, calmement et poliment, ce qu’était la démocratie directe au molosse d’en face. Un pur plaisir! L’étudiant donnant la leçon, mais dans le bon sens du terme, sans être pontifiant, à un prof de l’ENAP. Je serais de l’ENAP, je me poserais de sérieuses questions sur mes processus d’embauche… mais ne tombons pas au niveau du triste sire.

En fin de compte, c’est Gabriel Nadeau-Dubois qui est sorti grandi de cette épreuve. Je l’ai croisé cet après- midi à l’UQAM et je l’ai félicité, lui disant que j’avais honte d’être professeur, au vu de comportement du collègue, et que l’un des collègues uqamiens voulait écrire à Dufour. Fatigué mais content de ne pas se faire agonir de reproches comme ça lui arrive beaucoup ces temps-ci, il m’a répondu : «Oui, ce serait apprécié! Je ne m’attendais pas à une telle agression, et ce serait bien si les professeurs le remettaient à sa place.»

Mais quelle belle leçon de maturité, de calme, d’intelligence de la part de ce jeune homme. Alors que les propos et comportements frôlant le ridicule se multiplient, que les arguments spécieux se succèdent, un jeune étudiant a remis à sa place un professeur totalement hors de contrôle. Sans violence verbale, avec des arguments et sans méchanceté. Une bouffée d’air frais en ce printemps étouffant, où le bon sens semble parfois être lui aussi en grève!

Yann Roche, prof au carré

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2 commentaires

Classé dans Actualités sous cape

2 réponses à “Quelle belle leçon!

  1. Cher Yann, bravo pour ce texte. Je pense en effet que ce M. Dufour mérite qu’on lui rappelle que son comportement lors de cette émission était sans doute digne d’un chroniqueur du Journal de Montréal, mais surement pas d’un professeur, qu’il soit de l’ENAP ou non. Mon courriel à Dufour est prêt et s’en va de ce pas.

    • je crois sincèrement que m.nadeau a expliqué la situation avec beaucoup de calme et de pondération tel un véritable tribun et pour m.dufour c’est réellement surprenant que ce type soit professeur il est tout simplement arrogant,suffisant,prétentieux et condescendant,coupent la parole de façon intempestive et a tout propos ,faisant de nombreuses attaques personnelles, s’éloignant a plusieurs reprise du sujet.je terminerai en concluant que m.nadeau faisait plus figure d’un excellent tribun et professeur et que m.dufour quant a lui avait l’air de quelqu’un d’un élève pas très bon et malheureusement pour lui ça faisais vraiment peine a voir.